Tarot : les arcanes, comment se déroule un tirage, et pourquoi ce n'est pas de la divination
Le tarot se retrouve souvent coincé entre deux extrêmes. Pour certains, c'est une ligne directe vers l'avenir. Pour d'autres, ce sont des histoires pour qui aime se raconter des choses. Les deux positions partagent la même erreur, traiter le tarot comme si la seule question qui comptait était de savoir s'il prédit l'avenir.
Il y a une question plus intéressante et bien mieux étayée, celle de ce qui se passe vraiment quand quelqu'un tire une carte et sent qu'elle lui dit quelque chose de vrai. Cet article explique ce que sont les 78 arcanes, d'où vient le tarot et comment il est devenu un oracle, comment se déroule un tirage en pratique, et ce que la psychologie sait du mécanisme qui le rend si convaincant.
Ce qu'est le tarot, et ce qu'il n'était pas au départ
Le tarot est né en Italie, au milieu du XVe siècle, comme jeu de cartes. Les historiens du Metropolitan Museum situent les premiers jeux, appelés carte da trionfi, dans les cours du nord de l'Italie dans les années 1440, commandés par des familles comme les Visconti et les Sforza pour jouer une variante de jeu de plis, proche de ce que serait aujourd'hui le bridge. Le jeu le plus ancien qui subsiste presque complet, connu sous le nom de Visconti-Sforza, avait déjà la structure qui reste la norme aujourd'hui, avec 78 cartes réparties entre des couleurs et un ensemble de figures à part.
Pendant plus de trois cents ans, personne n'a tiré de cartes de tarot pour prédire quoi que ce soit. C'était un jeu de salon de l'aristocratie, et rien dans les archives de l'époque ne suggère un autre usage.
Comment un jeu de cartes est devenu un oracle
Le tournant a eu lieu en France, à la fin du XVIIIe siècle, et il a un nom et une date précis. En 1781, l'érudit Antoine Court de Gébelin publie Le Monde Primitif, où il soutient que les images du tarot conservent la sagesse perdue des prêtres égyptiens, déguisée en jeu de cartes pour échapper à la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie. Aucune preuve historique ne venait appuyer cette idée. L'Égypte antique n'avait aucun lien avec le tarot, né dans l'Italie de la Renaissance plus de mille deux cents ans après la dernière dynastie égyptienne. La théorie a pourtant pris, et un collaborateur de ce même ouvrage, le comte de Mellet, est allé plus loin en proposant la première technique de divination avec les cartes.
Quelques années plus tard, Jean-Baptiste Alliette, qui signait ses ouvrages de son nom inversé, Etteilla, reprend cette prémisse égyptienne et construit à partir d'elle le premier jeu conçu dès le départ pour la voyance, publié en 1789. Etteilla devient le premier lecteur de tarot professionnel de l'histoire. À partir de là, l'usage divinatoire s'impose presque entièrement sur l'usage comme jeu de cartes, qui disparaît pratiquement en dehors de quelques régions d'Europe.
Cette chronologie mérite d'être retenue, car elle démonte une affirmation courante, celle du tarot comme sagesse égyptienne millénaire. C'est une sagesse européenne bien plus récente, construite sur un mythe inventé dans le cabinet d'un érudit des Lumières. Cela ne le rend pas moins intéressant. Cela le ramène simplement à ce qu'il est, et non à ce qu'on en vend parfois.
Les 78 arcanes : comment ils s'organisent
Un jeu de tarot compte toujours 78 cartes, réparties en deux groupes aux fonctions distinctes.
Les 22 arcanes majeurs, numérotés de 0 à 21, du Mat au Monde, représentent des thèmes de vie larges : transitions, valeurs, peurs, phases de croissance. C'est la partie du jeu la plus associée au tarot dans la culture populaire, avec des cartes comme la Mort, le Pendu ou la Roue de Fortune, qui signifient rarement, au sens littéral, ce que leur nom suggère.
Les 56 arcanes mineurs se répartissent en quatre couleurs, traditionnellement Coupes, Bâtons, Épées et Deniers, avec quatorze cartes chacune, de l'as au dix plus quatre figures (Valet, Cavalier, Reine et Roi). Contrairement aux majeurs, ils traitent du quotidien : une conversation difficile, une décision d'argent, une période de fatigue. C'est la structure la plus proche d'un jeu de cartes ordinaire, dont il descend d'ailleurs directement.
| Groupe | Cartes | Ce qu'il tend à décrire |
|---|---|---|
| Arcanes majeurs | 22 (0 à 21) | Thèmes de fond, transitions, cycles de vie |
| Arcanes mineurs | 56 (4 couleurs de 14) | Situations concrètes du quotidien |
Pendant des siècles, seuls les majeurs avaient des illustrations complètes. Les mineurs ressemblaient à un jeu ordinaire, avec des symboles répétés et aucune scène, ce qui rendait la lecture dépendante de la mémorisation de listes de significations. Cela a changé définitivement en 1909, quand l'occultiste Arthur Edward Waite commande à Pamela Colman Smith, artiste et illustratrice qui travaillait aussi au théâtre londonien aux côtés de Bram Stoker, un jeu complet. Smith a eu une liberté totale sur les arcanes mineurs et les a transformés en petites scènes narratives, avec des personnages, des gestes et des paysages sur chaque carte. Le résultat, connu aujourd'hui sous le nom de Rider-Waite-Smith, a rendu possible une lecture intuitive du jeu à partir de l'image, sans mémoriser de tables, et reste le jeu le plus reproduit et le plus copié au monde. Smith, malgré cela, a passé des décennies quasiment sans reconnaissance pour ce travail.
Comment se déroule un tirage, en pratique
Débarrassé du vernis mystique, un tirage de tarot a une structure simple, qui mérite d'être décrite sans détour.
- Une question ou un axe de réflexion est formulé. Les questions ouvertes (« qu'ai-je besoin de voir sur cette période ») ont tendance à donner des tirages plus utiles que les questions fermées de type oui ou non (« vais-je rester avec cette personne »).
- Les cartes sont mélangées et un certain nombre sont tirées, selon le tirage choisi. Le plus simple utilise trois cartes, pour passé, présent et futur, ou pour situation, obstacle et conseil.
- Les cartes se placent dans des positions fixes, et chaque position joue un rôle propre dans l'interprétation, indépendant de la carte qui y tombe.
- Le lecteur, ou la personne elle-même, interprète l'image à la lumière de la position, de la question et des autres cartes présentes, en tissant un récit qui relie le tout.
Ce qui se passe à cette quatrième étape, c'est là que les choses deviennent intéressantes du point de vue psychologique, et c'est aussi de là que naissent la plupart des malentendus sur le tarot.
Ce que dit la recherche sur son fonctionnement
Soyons directs sur un point d'abord. Il n'existe aucune preuve scientifique que les cartes de tarot possèdent un quelconque pouvoir prédictif sur des événements futurs, ni aucun canal d'information qui ne soit déjà disponible pour la personne qui fait le tirage. Ce n'est pas une opinion. Cela repose sur l'absence constante de résultats supérieurs au hasard dans tous les tests contrôlés qui se sont proposé de vérifier l'affirmation.
Ce qui existe, et c'est intéressant en soi, c'est un mécanisme psychologique bien décrit qui explique pourquoi un tirage peut sembler juste sans rien de surnaturel.
La projection sur un stimulus ambigu. La chercheuse Inna Semetsky a décrit le tarot, dans un article de 2006 publié dans Spirituality and Health International, comme une technique projective, de la même famille que les taches de Rorschach : une image suffisamment ambiguë invite celui qui la regarde à combler les vides avec sa propre matière intérieure, souvenirs, préoccupations, conflits non résolus. La carte ne sait rien de toi. C'est ton interprétation qui porte de l'information, et cette information était déjà en toi avant que la carte ne soit retournée.
L'effet Barnum. En 1949, le psychologue Bertram Forer a mené une expérience aujourd'hui classique. Il a fait passer à ses étudiants un test de personnalité et, une semaine plus tard, a remis à chacun ce qu'il présentait comme une analyse individuelle de leurs résultats. Il leur a demandé d'évaluer la précision de la description sur une échelle de zéro à cinq. La moyenne s'est établie à 4,3. Ce n'est qu'ensuite que Forer a révélé que tous avaient reçu exactement le même texte, assemblé à partir de phrases vagues tirées d'un livre d'astrologie de kiosque, du genre « tu as un grand besoin que les autres t'apprécient et t'admirent ». Il a appelé ce phénomène le sophisme de la validation personnelle, qui est aussi le titre de l’article dans lequel il l’a publié cette année-là. Le nom resté par la suite fut l'effet Barnum, en référence à l'homme de cirque célèbre pour offrir quelque chose à tout le monde. C'est le même mécanisme qui fait qu'une carte de tarot semble écrite sur mesure pour toi, alors qu'elle est en réalité assez vague pour convenir à presque n'importe qui traversant une période de vie semblable à la tienne.
La lecture à froid. Le psychologue Ray Hyman a décrit en détail, dans un essai de 1977, la technique connue sous le nom de cold reading, le procédé par lequel quelqu'un convainc une autre personne qu'il sait tout d'elle, sans aucune information préalable. Hyman distingue une version statique, un discours générique préparé pour servir n'importe quel client, d'une version dynamique, construite en temps réel à partir des réactions de l'auditeur. Dans un tirage de tarot, surtout lorsqu'il y a un dialogue entre le lecteur et le consultant, c'est cette seconde version qui entre en jeu. La personne qui reçoit la lecture confirme sans s'en rendre compte les parties qui correspondent, écarte celles qui ne correspondent pas, et le lecteur ajuste son discours à ces indices subtils. Le résultat se ressent comme une précision extérieure. C'est, dans la plupart des cas, une collaboration intérieure.
Il vaut la peine de noter, avec précision, que Carl Jung a parlé du tarot lors d'un séminaire de 1933, le décrivant comme une tentative de représenter symboliquement les contenus de l'inconscient, et lui a reconnu une valeur intuitive pour lire le moment présent. Jung n'a jamais développé cela en une théorie formelle ni proposé le tarot comme instrument clinique. C'est une observation ponctuelle d'un penseur influent, pas une validation scientifique, et elle mérite d'être citée pour ce qu'elle est.
Les données qualitatives disponibles sur l'usage thérapeutique du tarot méritent elles aussi un traitement précis. Certains rapports indiquent qu'un usage prolongé, intégré dans un contexte d'accompagnement comme technique projective, est associé à un plus grand sentiment de maîtrise sur sa propre vie. Les études qui comparent directement le tarot à des pratiques réflexives plus simples, comme la tenue structurée d'un journal, n'ont pas trouvé d'avantage clair du tarot sur elles. Autrement dit, la valeur semble résider dans la réflexion que l'exercice déclenche, et non dans une propriété particulière des cartes elles-mêmes.
Utiliser le tarot avec un regard critique
Rien de tout cela n'oblige à ranger le jeu dans un tiroir. Cela oblige à l'utiliser pour ce qu'il fait réellement bien.
- Traite la carte comme une question, pas comme une réponse. Au lieu de « ceci va arriver », essaie « qu'est-ce que cette image me fait remarquer que je savais déjà et n'avais pas mis en mots ».
- Méfie-toi des tirages suffisamment vagues pour s'appliquer à n'importe qui. Si la phrase conviendrait tout aussi bien à trois de tes amis traversant des périodes de vie différentes, c'est probablement l'effet Barnum à l'œuvre, pas la carte.
- Sers-t'en pour ouvrir une conversation avec toi-même, pas pour clore une décision. Les décisions importantes gagnent davantage à des informations concrètes et à une conversation honnête qu'à un tirage de trois cartes.
- Note ce que le tirage t'a fait penser, pas seulement ce que la carte a « dit ». C'est cette réflexion écrite, plus que la carte, qui se rapproche le plus de ce que la recherche sur la connaissance de soi montre avoir une valeur réelle.
Utilisé ainsi, le tarot se range sur la même étagère que le thème astral ou les tests de personnalité, un langage symbolique qui aide à nommer ce que tu ressentais déjà et n'avais pas encore mis en mots, et non un substitut au travail de te connaître vraiment.
À retenir
Le tarot est un jeu de cartes du XVe siècle devenu oracle au XVIIIe siècle, grâce à un mythe égyptien sans la moindre preuve historique à l'appui. Les 78 arcanes, 22 majeurs et 56 mineurs, fonctionnent moins comme une fenêtre sur l'avenir que comme un miroir structuré, qui utilise des images ambiguës pour faire remonter ce que tu portais déjà.
Ce qui fait qu'un tirage semble juste porte un nom : projection sur un stimulus ambigu, effet Barnum, lecture à froid, et aucun d'entre eux n'exige rien de surnaturel pour expliquer cette sensation. Le savoir ne gâche pas l'exercice. Cela le rend honnête, et c'est cette honnêteté qui distingue un outil de réflexion d'une promesse que les cartes n'ont jamais pu tenir.
Questions fréquentes
Le tarot a-t-il une origine égyptienne ?
Non. C'est un mythe créé en 1781 par Antoine Court de Gébelin, sans preuve historique. Le tarot est né comme jeu de cartes en Italie au milieu du XVe siècle, plus de mille ans après la fin de l'Égypte antique, et n'a acquis un usage divinatoire qu'à la fin du XVIIIe siècle, en France.
Combien de cartes compte un jeu de tarot ?
Soixante-dix-huit. Vingt-deux arcanes majeurs, numérotés de 0 à 21, qui représentent des thèmes de vie larges, et cinquante-six arcanes mineurs, répartis en quatre couleurs de quatorze cartes, qui décrivent des situations du quotidien.
Le tarot a-t-il une base scientifique comme méthode de prédiction ?
Non. Aucune preuve n'indique que les cartes prédisent des événements futurs. Ce que la recherche décrit, c'est un mécanisme psychologique, projection sur des images ambiguës, effet Barnum et lecture à froid, qui explique pourquoi un tirage peut sembler juste sans aucune capacité prédictive réelle.
Quelle est la différence entre arcanes majeurs et arcanes mineurs ?
Les majeurs traitent de thèmes de fond et de transitions de vie, comme la croissance, la peur ou le changement. Les mineurs, répartis en quatre couleurs, traitent de situations concrètes du quotidien, plus proches de la structure d'un jeu de cartes ordinaire, dont ils descendent d'ailleurs.
Est-ce pertinent d'utiliser le tarot pour la connaissance de soi, même sans croire à la divination ?
Oui, si on le traite comme une technique projective et non comme un oracle. Les images ambiguës invitent à y projeter ce que tu ressens déjà, ce qui peut ouvrir une réflexion utile. La recherche disponible ne montre pas que le tarot surpasse des pratiques plus simples, comme la tenue structurée d'un journal, mais elle n'invalide pas non plus son usage comme point de départ pour réfléchir.
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